Analyse | À force de jouer avec le feu, le Canadien s’est brûlé
OTTAWA - Il y avait un peu de frustration dans l’air dans le vestiaire du CH après le match. Cole Caufield lançait son regard noir des mauvais jours pendant que Lane Hutson et Kaiden Guhle tentaient tant bien que mal d’expliquer ce qui venait de se passer. Battus à plates coutures par la marque de 5-2 par les Sénateurs, les joueurs, interdits, n’en menaient pas large. C’était, après tout, la première fois que la majorité des jeunes de cette équipe pouvaient officialiser sa qualification en séries éliminatoires avec une victoire. Ça ne s’est pas produit. Ce n’est pas non plus passé près. Cette vilaine habitude d’amorcer le match une bonne demi-heure après l’autre équipe, habitude qui gangrène les entames du CH depuis une semaine, s’est poursuivie dans la capitale nationale. Cette fois, il n’y eut point de retour miraculeux. Nick Suzuki a perdu la mise en jeu initiale, les Sénateurs ont rejeté la rondelle profondément dans le territoire du Canadien, le capitaine a échappé son homme derrière le filet, Juraj Slafkovsky a couvert le sien mollement dans l’enclave et les Sens ont porté le premier estoc après 28 secondes. Ça fait effectivement quatre matchs d’affilée que sa troupe accorde le premier but. Une séquence pendant laquelle, le Tricolore a été dominé 53-17 aux tirs au but et 5-0 aux buts tout court pendant le premier tiers. Si, tel que souligné par Lane Hutson, le groupe a fait preuve de caractère en venant trois fois de l’arrière pour l’emporter à ses trois matchs précédents, ce n’était qu’une question de temps avant que les probabilités les rattrapent. Est-ce qu’on était dû pour un match comme ça? Peut-être. Mais les départs continuent à être un problème. Il faut corriger ça vite. J’espère que ce sera demain. Il y a une belle récurrence dans le rendement de cette équipe cette saison. Chaque envolée a été lentement compromise par des traits de caractère qu’on pourrait attribuer à de l’immaturité souvent manifestée, en l’occurrence, par un relâchement défensif et une difficulté à demeurer vigilant sur l’ensemble du match. C’est arrivé à la fin janvier après que le Canadien eut retrouvé, pendant 24 heures, une place en séries, ça s’est produit à nouveau à la fin mars et ça semble être revenu au galop dans cette séquence de six victoires de suite qui a pris fin vendredi soir à Kanata. Parfois, a admis St-Louis, il faut un mauvais résultat pour que le message de l’entraîneur passe. Il en a un à se mettre sous la dent. Céline Dion, au demeurant proche du Canadien depuis deux ans, aurait pu adapter son tube de 1995 en l’honneur du trio de Suzuki vendredi soir. Trêve de badineries, le premier trio du CH s’est fait dévorer par celui de Shane Pinto, Michael Amadio et de la petite peste Ridley Greig. Suzuki et Cole Caufield, particulièrement, ont transporté l’équipe ces deux derniers mois et l’on comprendra aisément que leurs coéquipiers les aient excusés préférant se blâmer eux-mêmes. Guhle et Hutson, par exemple, ont leurs torts. Il demeure que cette confrontation perdue par Suzuki et ses compagnons est au cœur de la défaite. Face à eux, Pinto et compagnie se sont taillés la part du lion : 70 % de la possession de la rondelle, 7 à 2 aux chances de marquer de qualité, 2 buts à 0. Suzuki et Caufield étaient aussi sur la glace pour le but de Dylan Cozens. Bref, une soirée à oublier. St-Louis a bien tenté de les soustraire à cette confrontation défavorable, mais c’est plus compliqué à l’étranger quand l’entraîneur hôte décide en dernier des joueurs qu’il envoie sur la glace aux mises au jeu. Récemment, l’entraîneur a répété à de nombreuses reprises à quel point la capacité de son équipe à La belle affaire pour le CH : il aura l’occasion de mettre à l’œuvre cette aptitude dès samedi. Peut-être. Peut-être se sont-ils laissés gagner par l’effervescence d’une possible première qualification éliminatoire en quatre ans. Ce ne serait qu’humain, après tout, a précisé à juste titre Kaiden Guhle. Ce qui semble n’être qu’une formalité sur papier ne l’est jamais vraiment tant que la mission n’est pas accomplie. Prise deux face aux Leafs, sans Ivan Demidov, mais avec Jakub Dobes.Encore un départ inacceptable
, a résumé Martin St-Louis.C’est dur de se rattraper. Ça fait souvent qu’on fait ça. Ce n’était pas notre match ce soir […] Il manque d’urgence. Est-ce que c’est parce qu’on sait qu’on est capables de revenir? C’est un coup de dés quand tu fais ça
, a ajouté l’entraîneur.On peut dire qu’on n’est pas prêts. On peut dire qu’on est trop prudents et on essaie de commencer graduellement. Tu ne peux pas faire ça dans cette ligue
, a estimé Hutson.On s’en est tirés récemment, mais je ne pourrais pas te dire pourquoi. C’est juste frustrant pour tout le monde de commencer comme ça
, a renchéri Kaiden Guhle.Les premiers seront les derniers
J’ai essayé de jongler, mais il va jongler si je jongle
, a expliqué St-Louis.se corriger
, soit reconnaître ses défaillances et y remédier rapidement, était devenu une de ses grandes forces.Ils ont répondu toute l’année, c’est un groupe fier. Ce n’était juste pas notre soirée
, a conclu St-Louis.
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